Interactions aliments/médicaments

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Interaction : de quoi parle-t-on ?

Quel est l’enjeu des interactions aliments/médicaments ?

Quels sont les mécanismes de ces interactions ?

Deux interactions à connaître

1. Gare aux aliments riches en vitamine K

2. Attention aux agrumes

Trois conseils en pratique

Interaction : de quoi parle-t-on ?

L’action des médicaments vis-à-vis de l’organisme peut varier, en fonction de l’âge, des états pathologiques, du poids etc. mais aussi de certains nutriments contenus dans des aliments. Négligés, ces risques d’interactions entre aliments et médicaments sont pourtant nombreux, d’où la mise au point récente de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

On parle d’interaction médicament/aliment lorsqu’un aliment exerce une action négative sur un médicament, les deux peuvent alors réagir chimiquement ou entrer en compétition vis-à-vis des récepteurs des médicaments.

Quel est l’enjeu des interactions aliments/médicaments ?

Si, dans la majorité des cas, les interactions aliments/médicaments n’ont pas d’effet significatif, quelques aliments ont cependant un impact sur les médicaments en diminuant théoriquement leur efficacité ou en augmentant leur toxicité. La plupart n'entraîne cependant pas de modification des effets thérapeutiques.

En pratique, les habitudes alimentaires des Français, standardisées et équilibrées, ne leur font pas encourir de risque majeur.

Quels sont les mécanismes de ces interactions ?

Les mécanismes d'interaction aliments/médicaments impliqués sont variables. Le plus souvent, il s’agit d’interaction ditespharmacocinétiques, c’est à dire entraînant une modification des concentrations sanguines du médicament. C’est surtout dans les cas où les variations de concentrations dépassent 30% que des conséquences sont possibles.

Par exemple, la formation de complexes insolubles médicament/aliment est responsable d’une diminution de l’absorption des médicaments et/ou des nutriments.

La nature du régime (riche ou pauvre en graisses) peut aussi influencer la résorption, c’est à dire le passage dans la circulation sanguine. Les modifications de concentrations sanguines s’expliquent aussi par des interactions

  • au niveau des enzymes responsables du métabolisme des médicaments (les cytochromes P450 hépatiques et intestinaux)
  • ou des transporteurs permettant aux médicaments et/ou auxnutriments de pénétrer dans les cellules ou d’en sortir.

D’autres interactions peuvent aussi se produire - dénommées pharmacodynamiques - au niveau des récepteurs cellulaires de la réponse pharmacologique.

En vedette : le foie, l’intestin et les cytochromes P450…

La quantité de médicament présent dans la circulation générale dépend de la quantité absorbée par l'épithélium digestif mais aussi des processus d'élimination. Le médicament est dégradé dans l’intestin, métabolisé dans les cellules de l’intestin (les entérocytes) et du foie, puis diffusé dans ces deux organes. Avant d’être distribué dans tout le corps.

Le métabolisme fait référence à la transformation du médicament en un ou plusieurs composés par une réaction enzymatique. Les sites de biotransformation sont le foie ainsi que l’intestin, et les éléments-clé de ce système enzymatique sont les cytochromes P450 aux multiples sous-familles appelées des isoenzymes. D’où l’importance des aliments qui agissent sur les cytochromes CYP450, soit en les activant, soit en les inhibant.

Il existe des différences entre les individus, à cause de la variété (polymorphisme) génétique des isoenzymes P450 (ou isoformes).

L’intensité des interactions peut - théoriquement - varier d’un individu à l’autre.

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1/2    Interaction entre médicaments et aliments Conseils pratiques 

Interaction entre médicaments et aliments Conseils pratiques

Interaction entre médicaments et aliments Conseils pratiques

Interaction : de quoi parle-t-on ?

Quel est l’enjeu des interactions aliments/médicaments ?

Quels sont les mécanismes de ces interactions ?

Deux interactions à connaître

1. Gare aux aliments riches en vitamine K

2. Attention aux agrumes

Trois conseils en pratique

Deux interactions à connaître

1. Gare aux aliments riches en vitamine K

Les brassicacées (choux, brocolis, épinards …), l’avocat, le persil, la laitue, le thé vert et les abats regorgent de vitamine K. Ils sont donc à consommer avec parcimonie (pas plus d’une portion “raisonnable“ quotidienne, en limitant les variations soudaine de consommation) si l’on prend en même temps des médicaments anticoagulants oraux (antivitamines K au long cours) pour fluidifier le sang.

En diminuant l’efficacité des anticoagulants, ces aliments font courir le risque de thrombose.

2. Attention aux agrumes

Le jus de pamplemousse, celui des oranges de Séville et des tangelos contient deux flavonoïdes (naringine et naringenine) qui inhibent :

- une isoenzyme de cytochrome P450, le CYP3A4, très impliqué dans le métabolisme de nombreux médicaments,

- et une protéine intestinale (la p-glycoprotéine).

a - Cette inhibition provoque l’augmentation des concentrations sanguine de médicaments tels que la ciclosporine (immunosuppresseur utilisé contre les rejets de greffe) avec un risque de dommages rénaux.

A noter : un verre de jus de pamplemousse triple les niveaux de ciclosporine

b - Elle augmente aussi le niveau sanguin de certaines statines utilisées pour abaisser le cholestérol sanguin : simvastatine, atorvastatine dans une moindre mesure. Le risque de  provoquer une atteinte musculaire profonde à cause des agrumes reste cependant théorique chez les personnes traitées.

En général il s’agit de simples douleurs musculaires. De même le risque  d’insuffisance rénalegrave par interaction pamplemousse/statine reste théorique.

A noter : Un jus de pamplemousse pris en même temps que la simvastatine peut multiplier par 15 l’absorption du médicament.

c - La concentration plasmatique de certains antihypertenseurs inhibiteurs calciques peut aussi s’élever (felodipine, nisoldipine par exemple) avec un risque d’hypotension principalement.

A noter : Un verre de jus de pamplemousse augmente le pic plasmatique de la félodipine d'en moyenne 300 %, de la nisoldipine d'en moyenne 500 %.

d - Un verre de jus de pamplemousse peut augmenter :

les niveaux de terfénadine (antihistaminique) de 450 %.

les niveaux d'éthinylestradiol (estrogène des pilules contraceptives),

  • de midazolam (benzodiazépine : psycholeptique, sédative)
  • de l'agent antiviral saquinavir.

 De plus, les agrumes (citron, pamplemousse, orange) doivent être évités avec les anti-inflammatoires ou l'aspirine, sous peine de majorer voire de déclencher des brûlures d'estomac ou des reflux acides.

Trois conseils en pratique

1- éviter de boire un jus de pamplemousse dans les deux heures qui précèdent la prise de médicaments,

2- limiter sa consommation à moins d’un quart de litre par jour,

3- avaler ses anti-inflammatoires au milieu du repas.

Source/Auteur : Hélène JOUBERT avec le Pr Bruno LACARELLE, faculté de pharmacie de Marseille, laboratoire de pharmacocinétique et de toxicologie, (CHU La Timone, Marseille), expert auprès de l’AFSSAPS

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